France

  • Papier, manuscrit, 4 ff. 34 x 22,5 cm, Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/CXIII/72 (RS/402)
    14 décembre 1670

    La constitution de rente est, sous l’Ancien Régime, le moyen le plus classique d’emprunter de l’argent et de disposer d’un capital. Par cette constitution de rente, Jean-Baptiste Lully, le constituant, emprunte de l’argent à Molière. Ce dernier lui remet un capital de 11 000 livres ; en retour, Lully doit lui verser 550 livres par an. Ce sont les arrérages de la rente les intérêts du capital détenu. Lully, comme l’indique la mention dans la marge de la première page de l’acte, rembourse son emprunt à Armande Béjart, la veuve de Molière, en mai 1673, quelques mois après la mort de ce dernier, survenue en février 1673. Les esprits sensibles aux grands hommes du siècle de Louis XIV apprécieront de voir ainsi sur un même acte se côtoyer les signatures des deux Jean-Baptiste, accompagnées de celle de Madeleine Lambert, la femme de Lully.

    Source : Des minutes qui font l’histoire, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • Papier, manuscrit, 4 ff, 33 x 22,4 cm, Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/XXXIX/335 (RS/293)
    5 août 1727

    La première volonté du prince Kourakine, lorsqu’il reçoit les deux notaires au Châtelet de Paris dans la chambre de son hôtel de la rue de l’Université, « ayant vue sur la cour et sur le jardin », est d’être transporté une fois mort à Moscou, pour être enterré au monastère Tchoudov, situé dans l’enceinte du Kremlin.

    C’est son fils, Alexandre, qui se voit confier naturellement la très grande majorité de l’héritage paternel. D’abord, tout ce qui permet de maintenir un train de vie aristocratique et digne de son rang d’ambassadeur : le mobilier bien sûr, mais aussi la vaisselle d’argent, les chevaux et les équipages.
    Mais la majeure partie de son héritage réside surtout dans les capitaux qu’il a placés auprès des banques étrangères : en Hollande, à Vienne, en Saxe, tous ces endroits rappelant également sa carrière de diplomate, qu’il tente de transmettre aussi à son fils.

    Le parcours du prince est exceptionnel. Il fait très jeune ses études à Venise, participe aux campagnes de Pierre Le Grand et obtient sa première mission diplomatique à 30 ans, auprès du Saint-Siège. Ses succès le poussent à abandonner la carrière des armes pour celle de la diplomatie et ses missions se succèdent avec le soutien du tsar dont il est d’ailleurs le beau-frère : le Hanovre d’abord, puis la Hollande et l’Angleterre, avant la nomination comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Paris en 1724.

    Sa descendance devait également faire preuve d’un grand sens des négociations et parmi elle la postérité retient surtout son arrière-petit-fils, Alexandre Borissovitch Kourakine, ambassadeur à Vienne et Paris, négociateur important dans l’élaboration du traité de Tilsit en 1807.

    Source : 122 Minutes d’histoire, Acte des notaires de Paris, XVIème-XXème siècles, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • Papier, manuscrit, 33 x 22 cm, Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/XVI/745 (RS/50)
    18 janvier 1761

    Cet acte montre les deux facettes de l’aventure indienne de Dupleix. La minute décrit ainsi, sur sept pages, un nombre impressionnant de bijoux et pierreries, symboles de ses succès et de son enrichissement. Il énumère boucles d’oreilles, colliers, nœuds de col, bagues et diadèmes estimés pour la somme considérable de 451 684 livres, parmi lesquels une paire de girandoles d’une valeur de 45 400 livres, ou un rubis de « quarante six grains » estimé 36 000 livres.
    Ils serviront essentiellement comme garantie au paiement des dettes de l’ancien gouverneur général, notamment les 175 000 florins pour lesquels il s‘est engagé auprès de la banque de Hollande. L’homme avait en effet dépensé une partie de sa fortune personnelle pour permettre la réussite de la Compagnie et, malgré les procédures judiciaires engagées, il n’arrivera jamais à recouvrer la somme, estimée à 13 millions de livres, que lui avaient coûté ses entreprises. Après le décès de sa femme et de sa fille, c’est un homme amer qui écrit dans un mémoire, quelques jours avant sa mort : « j’ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, pour enrichir ma nation en Asie ».

    Sources : Des minutes qui font l’histoire, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012 / 122 Minutes d’histoire, Acte des notaires de Paris, XVIème-XXème siècles, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • Papier, manuscrit, 10 ff, 32,5 x 23 cm, Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/VIII/1639 (RS/639)
    23 novembre 1849

    Le compositeur et pianiste virtuose franco-polonais Frédéric Chopin (1810-1849) mourut à Paris le 17 octobre 1849. Son inventaire après décès ne fut réalisé que le 23 novembre, dans l’appartement donnant sur la cour qu’il louait au 12, place Vendôme. Il fallut en effet, pour l’inventaire, attendre l’arrivée à Paris de sa sœur Louise et des procurations de leur mère Justyna, et leur sœur cadette Isabelle, installées à Varsovie.

    Dès le 14 octobre, Chopin, qui fut toujours de santé fragile et craignait les hivers, est alité, sujet à des accès de toux épuisants. Ses amis se rassemblent autour de lui. On apporte un piano dans la chambre du mourant, et la comtesse Delphine Potocka, première muse, élève et protectrice de Chopin à Paris, arrivée de Nice, se met à chanter. Le lendemain, de plus en plus affaibli, il demande à ce que son corps soit ouvert une fois mort afin de ne pas risquer d’être enterré vif, et exige que ses compositions inachevées soient brûlées.

    L’inventaire décrit l’intérieur dans lequel Chopin vécut ses dernières heures, salon et chambre à coucher : plusieurs meubles en acajou – mais pas de piano –, quelques bibelots, une garde-robe assez choisie – des gilets et une veste du matin, deux sultans en satin et soie, des cravates en soie… – qui rappellent le soin et la recherche que Chopin eut toujours de sa toilette. Rien, cependant, de très onéreux, la totalité du mobilier, de l’argenterie, des bijoux se montant à 3 585 francs.

    Source : Des minutes qui font l’histoire, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • Papier, manuscrit, 30 x 22,5 cm (deux actes), Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/CXVI/778 (RS/568)
    4 juin 1850

    Le 14 mars 1850, Honoré de Balzac, l’auteur de la Comédie Humaine, épouse en Ukraine la comtesse Evelyne Hanska.
    Les époux sont de retour à Paris depuis quelques jours seulement quand, le 4 juin 1850, devant leur notaire, ils se consentent une donation entre époux.
    Balzac mourut dans le cours de l’été, le 18 août 1850.
    C’est en 1833 que le romancier, déjà célèbre, avait rencontré Constance Victoire Rzewuska (Evelyne Hanska née Ewelina Rzewuska) dont il était tombé passionnément amoureux à la suite d’un échange épistolaire. D’origine polonaise, Evelyne était mariée et mère d’une petite fille. En 1834, ils devinrent amants. Malgré le décès du mari en 1842, Balzac ne l’épousa qu’en 1850, le 14 mars, à Berditcheff près de Kiev (Ukraine). Les lettres de Balzac à sa maîtresse furent publiées sous le titre Lettres à l’étrangère, en 1906.

    Source: Des minutes qui font l’histoire, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • Papier, manuscrit, 31 ff, 30,5 x 22 cm, Paris, Archives nationales, Minutier central, ET/LV/456 (RS/298)
    19 février 1861

    La reine douairière de Suède et de Norvège qui meurt à Stockholm le 17 décembre 1860, à l’âge de 83 ans, n’est autre que Désirée Clary. Originaire de Marseille, elle était la fille d’un échevin de la ville. On sait qu’elle fut, dans sa jeunesse, fiancée pendant quelques mois à Napoléon Bonaparte avant sa rencontre avec Joséphine de Beauharnais.
    Désirée Clary épousa en août 1789 un autre général, Jean-Baptiste Bernadotte. En août 1810, le vieux roi de Suède Charles XIII étant sans postérité, Bernadotte fut élu prince héritier de Suède. Son épouse partit pour la Scandinavie avant de revenir habiter, dès 1811, à Paris dans son hôtel de la rue d’Anjou.

    A la mort du roi Charles XIII, en février 1818, Bernadotte monta sur le trône sous le nom de Charles XIV, mais ne réussit pas à convaincre Désirée de le suivre. Elle ne revient à Stockholm qu’en 1822 pour le mariage de leur fils et pour être couronnée reine de Suède et de Norvège. A la mort de son époux, le 8 mars 1844, alors que leur fils Oscar accédait au trône, Désirée pensa revenir en France, mais elle resta finalement en Suède jusqu’à sa mort, sans revoir son hôtel de la rue d’Anjou.

    En 1861, l’inventaire de l’hôtel, qui dura cinq jours, fut réalisé pour le compte du roi Charles XV, fils d’Oscar 1er, et de ses frères et sœur. Un précédent inventaire de l’hôtel avait été dressé en octobre 1844, après la mort de Charles XIV.

    Source : 122 Minutes d’histoire, Acte des notaires de Paris, XVIème-XXème siècles, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012

  • « Je vais fermer l’œil terrestre ; mais l’œil spirituel restera ouvert plus grand que jamais ». Ces mots, qui viennent conclure cet ajout au testament olographe du 5 mai 1864, caractérisent la fulgurance de la pensée hugolienne et définissent en quelques caractères le contenu de plusieurs actes. Le testament olographe du 5 mai 1864, écrit à Guernesey, est assez bref et approuve le partage égal de ses biens entre ses deux enfants permis par « la loi française, un des résultats excellents de notre grande révolution ». Assez vite, les drames de l’existence, comme la perte de ses deux fils, vont le pousser à ajouter un testament mystique, c’est-à-dire scellé jusqu’au décès et déposé chez le notaire devant témoins, et plusieurs codicilles olographes rédigés en 1875.

    À travers eux, c’est non seulement l’écrivain, mais surtout l’homme et sa vision du monde qui transparaissent. L’écrivain d’abord, car un soin tout particulier est apporté au devenir de ses écrits, qu’il classe en trois catégories — les œuvres tout à fait terminées, les œuvres commencées en partie mais non achevées et les ébauches et fragments — et pour lesquels il met en place un programme de publication pour les protéger au mieux, tout comme les avait protégés une « courageuse femme qui, lors du coup d’État, a sauvé [sa] vie au péril de la sienne et qui ensuite a sauvé la malle contenant [ses] manuscrits ». Car l’homme est aussi présent dans ce codicille, et notamment le père qui donne à sa fille malade et à ses deux petits-enfants sa bénédiction. L’homme politique ensuite, dont le choix des exécuteurs testamentaires, Jules Grévy, Léon Say et Léon Gambetta, en dit long sur ses opinions et ses combats. L’humaniste, enfin, qui donne 40000 francs aux nécessiteux et désire « être porté au cimetière dans le corbillard des pauvres », ne fait pas oublier le visionnaire. S’il prédit que la Bibliothèque nationale « sera un jour la Bibliothèque des États-Unis d’Europe », Hugo sait aussi que son œuvre restera immortelle, tel l’œil spirituel évoqué plus haut. Face à la mort, Hugo résume enfin avec force ses convictions religieuses. « Dieu. L’âme. La responsabilité. Cette triple notion suffit à l’homme. Elle m’a suffi. C’est la religion vraie. » : ces mots révèlent une foi profonde et personnelle où Dieu est « Vérité, lumière, justice, conscience », mais où son anticléricalisme est toutefois présent ; ainsi repousse-t-il « l’oraison de toutes les églises », mais demande « une prière à toutes les âmes ». Toute la complexité du grand homme est là, et sans doute tout son génie.

    Source : 122 Minutes d’histoire », Acte des notaires de Paris, XVIe-XXe siècles, Somogy Editions d’Art / Archives nationales, Chambre des notaires de Paris, 2012.

Recherchez des actes d’autres pays :

Notre site web utilise des cookies. Ils sont principalement destiné à des outils d'analyse et pour vous fournir une meilleur experience utilisateur.